Il est normal d'avoir envie de se suicider.

        Cette affirmation volontairement provocante n’en est pourtant pas moins vraie.

Dans mon cursus, j’ai eu l’occasion de côtoyer la mort et la souffrance psychique, outrageusement psychiatrisé par le monde médical, cherchant les causes de ces envies dans une hypothétique maladie mentale, souvent traduite par le fameux syndrome anxio-dépressif ou encore les nons moins fameux troubles de la personnalité.

 

      Ces idées ont été lentement distillées à l'opinion publique ainsi qu'aux médecins, probablement plus par intérêts financiers que par générosité de l'industrie pharmaceutique, et ce, depuis les années 90 dans le monde de la psychiatrie. Des informations déformant la réalité, et visant à banaliser l'utilisation et la prescription d'anti-dépresseur. Par exemple :

  • 50 à 70% des suicides sont dus à des dépressions non traitées.
  • La dysthymie (personnalité au tempérament triste) doit être traitée à vie si possible avec des antidépresseurs de dernière génération.

 

      Alors que bien sûr, cette même industrie oublie de rappeler que de très nombreux suicides sont liés à une détresse sociale et/ou affective sur laquelle les antidépresseurs n’ont que très peu de prise. En 1998, le Dr Zarifian (conseiller auprès du Ministère de la Santé, de 1978 à 2000) affirmait même, en citant un rapport du comité économique et social que, seulement 3 à 4% des suicides étaient liés à des facteurs psychopathologiques (autrement dit à des troubles psychiatriques avérés).

La vérité, se situe probablement entre ces deux extrêmes, et donc statistiquement parlant, si vous souffrez d'idées suicidaires, vous avez bien plus de chance de vous trouver en dehors du groupe des personnes souffrant de troubles psychiatriques. À ce titre, la psychiatrie telle qu'elle est pratiquée dans sa vaste majorité, ne peut pas vous aider.

 

      Car, si vous avez envie de mettre fin à vos jours, ce que la psychiatrie vous dit aujourd’hui, c’est que vos comportements et vos pensées sont pathologiques et ne sont pas adaptées à la société créant de fait, ce sentiment d'incompréhension et de décalage que vous percevez. 

Mais, pour reprendre les mots de Jiddu Krishnamurti, « Ce n'est pas un signe de bonne santé mentale que d'être bien adapté à une société malade », certes d’une simplicité évidente, mais trop souvent relégués à de la psychologie de bas étage et complètement banalisés, comme si nous devions accepter comme une fatalité une société malade, et s’y conformer.

Pourtant, c’est à partir de ce seul postulat que je développerai mon argumentaire le long de cet article.

 

      Lorsque l'on y regarde de plus près, la société à qui nous cédons volontiers certaines de nos libertés en échange d’une sécurité toute relative, peine à accomplir sa part du contrat, tout en empêchant le commun de trouver seul, les armes nécessaires afin d’assurer ce travail qu’elle n’assure plus.

 

Si vous tombez malade de la nourriture que vous mangez c’est que VOUS choisissez mal votre nourriture, sans jamais pointer du doigt son inaptitude à garantir une offre large et régulée (taux de sucre, de sel, absence de pesticides ou perturbateurs endocriniens) ou que les alternatives disponibles (comme faire pousser ses propres fruits et légumes, élever ses propres animaux) sont des luxes que peu peuvent se permettre quand elles ne sont pas tout bonnement illégales (chasser, tuer ses propres animaux d'élevage, etc...).

Si vous tombez malade de stress et souffrez d’anxiété à cause de votre travail, c’est que VOUS êtes trop fragile, et n’avez pas la jugeote pour trouver un emploi en accord avec vos valeurs profondes, sans jamais pointer du doigt les réalités du monde du travail toujours plus inhumaines et ou la pression psychologique se fait toujours plus forte, persistante et éreintante, ne permettant que de difficiles et d'épuisantes reconversion étant tributaire du système économique dans lequel nous vivons.

Si vous tombez malade de sens, ne comprenant pas le monde dans lequel vous vivez, et que pour apaiser un tel sentiment vous vous tourniez vers des substituts au bonheur que sont, le tabac, le cannabis, l’alcool, la pornographie et autre, c’est encore VOUS et vous seul qui ne savez pas réagir de manière adaptée à ce que le monde vous propose. Là encore, sans remettre en question les réalités économiques dans lesquelles vous vivez, volant votre temps et votre énergie à des activités trop souvent sans intérêt pour vous comme pour la communauté, parfois même allant en totale opposition au bien commun, et ne vous laissant ni le temps, ni les moyens de nourrir votre esprit de curiosités, de lectures inspirantes, de voyages, de moments de rires et de partage avec vos proches, pourtant si indispensable à la stabilité mentale.

 

      Et l’on pourrait continuer la liste ainsi de longues heures, passant en revue tous les comportements humains destructeurs dont vous seriez soit disant l'unique responsable; violence, révolte, solitude, colère et haine, peur, intolérance, impatience, etc... qui trouvent toutes des explications dans une pression sociétale toujours plus croissante.

      Et si par malheur, vous veniez donc à tomber malade, les institutions médicales vous expliqueront que vous êtes le responsable de votre mauvaise santé, que vous avez faillis à sa préservation en adoptant de mauvais comportements. Elle vous fera passer au statut de victime, et que pour vous soigner (surtout en soins psychiatriques) elle exigera de vous une soumission totale et inconditionnelle à des thérapeutiques pour la plupart inutiles, voir dangereuses.

C’est un peu comme si vous alliez porter plainte au commissariat après une agression et que la police vous rétorquait qu’elle ne pouvait rien faire pour vous et que vous devriez apprendre à vous défendre seul pour ne plus vous faire agresser; tout en rendant bien évidemment illégal le port d’une arme et vous punissant sévèrement si vous utilisiez un quelconque art martial. Néanmoins, elle pourrait vous proposer des stratégies de protections avant-gardiste, comme un enfermement protecteur en cellule, afin de ne plus vous faire agresser dans la rue. 

Vous percevez l'ironie de la chose ?

 

      Dans ces conditions, avoir envie de se suicider pour quitter cet état de guerre psychologique et économique permanent, semble parfaitement normal.

Mais ne vous suicidez pas, et continuez la lecture de ce site. Si vous aviez prévu de rejoindre l’éternité, vous avez bien encore quelques heures à m’accorder de toutes les façons. La résistance est possible, et elle commence pour vous ici.

 

édité le 31/12/2020

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